II. Quand les élèves laissent une trace
Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec des enfants ?
Dès ma formation d’
animateur nature, le
public scolaire s’est imposé comme une évidence. J’ai tout de suite aimé concevoir et
animer des sorties pour les enfants : c’est un public spontané, participatif, créatif, plein d’énergie et totalement sans filtre. Travailler avec eux, c’est l’assurance d’avoir une nouvelle anecdote inattendue et authentique à chaque sortie !
En revanche, cette belle énergie demande une vraie rigueur. Il est indispensable de préparer les séances avec soin pour toujours
capter leur attention. Sur le terrain, tout est
une question de rythme : j’alterne systématiquement les temps de marche, les jeux et les moments d’observation plus calmes. C’est cette variété qui permet de
maintenir leur curiosité en éveil tout en variant les plaisirs de la découverte.
Qu’est-ce qui vous anime lorsque vous intervenez auprès des élèves ? Qu’est-ce cherchez vous à éveiller chez eux ?
Ce qui me passionne avant tout, c’est le spectacle de la nature et l’émerveillement qu’il procure. Ma démarche éducative suit une logique très simple :
apprendre à observer pour découvrir, découvrir pour aimer, et enfin
aimer pour protéger.
Il est essentiel pour moi de
sensibiliser les élèves aux « super-pouvoirs » de la nature et de la biodiversité. Je veux leur montrer à la fois sa fragilité et son incroyable capacité de résilience, tout en leur faisant prendre conscience que nous faisons partie intégrante de cet ensemble.
Mon objectif est qu’en suscitant leur curiosité et leur émerveillement, nos enfants deviennent demain de véritables « guérilleros » de la protection de la biodiversité. Réussir à éveiller cette conscience, tout en révélant les talents propres à chaque élève sur le terrain, c’est pour moi la plus belle des réussites.
Quelles approches aimez-vous utiliser pour faire découvrir la Baie de Somme aux élèves ?
Pour
maintenir l’attention des élèves, le secret est la variété. On sait que le temps de concentration des enfants est court par rapport au temps global d’activité ; il faut donc constamment les surprendre, les responsabiliser et les engager en toute sécurité. C’est en mixant le jeu, la manipulation et la réflexion qu’ils développent véritablement des compétences d’éco-citoyens.
Concrètement, sur une sortie de deux heures, j’aime découper la séance en 4 à 6 temps d’animation bien distincts, en croisant trois grandes approches :
- L’approche sensorielle : appréhender le milieu par le toucher et l’expérimentation.
- L’approche cérébrale : prendre le temps de l’observation, de la compréhension et de l’analyse.
- L’approche dynamique : favoriser la participation à travers le jeu.
Pour vous donner une anecdote de terrain : je ne laisse jamais les parents accompagnateurs inactifs en fin de file. Je les utilise comme de véritables assistants pour encadrer des petites équipes et animer les ateliers. Bien souvent, ils se prennent autant au jeu que les élèves ! Cela permet d’avoir une
dynamique de groupe excellente pour alterner avec fluidité une présentation, une observation minutieuse, un jeu actif, puis un atelier pratique.
Qu’aimez-vous transmettre aux élèves à travers vos interventions lors des séjours scolaires ?
Ce que je souhaite transmettre en premier lieu, c’est clairement
la curiosité et l’émerveillement. J’invite les élèves à se mettre en quête du merveilleux, à garder leurs yeux d’enfants pour rechercher la beauté, ce que j’appelle « l’or de l’ordinaire ».
Mais mon rôle est aussi de leur transmettre la confiance, le respect des différences et de leur faire comprendre la notion d’interdépendance. Dans la nature, la
diversité est une force absolue et un
élément essentiel au fonctionnement d’un écosystème : chaque être a son rôle et sa place précise pour former un grand tout.
J’aime beaucoup leur faire observer la vase. Au premier abord, les élèves n’y voient rien de passionnant. Mais quand on y regarde de plus près et qu’ils découvrent la richesse du benthos, tous ces minuscules êtres vivants cachés qui sont la base de la nourriture des oiseaux, ils réalisent immédiatement que même le plus petit maillon, si différent et ordinaire soit-il, est indispensable à
l’équilibre de toute la baie.